dimanche 24 septembre 2023

SAINT REMY SUR ORNE AU XIXème SIECLE

 SAINT REMY SUR ORNE AU XIXème SIECLE

La commune de Saint Rémy est bornée par celles de Caumont et de St Martin de Sallen au nord au midi par celle de Clécy à l’est par le Vey et St Omer et à l’ouest par Culey et St Lambert. Elle renferme une population de 595 habitants presque tous occupés à l’agriculture, au tissage à main ou dans les filatures à coton. Son terrain est très accidenté et donne des productions variées.
Cette commune comprend une superficie d’environ 750 ha qui peuvent être ainsi partagés sous le rapport de la culture :
_ terres labourables : 570 ha
_ prés en herbages : 100 ha
_bois : 40 ha
_ vergers et jardins : 40 ha

Les principaux produits agricoles consistent en blé, seigle, orge, avoine, sarrazin, prairies naturelles et artificielles quelques champs de racines fourragères et de plantes oléagineuses. La culture du chanvre quelque peu étendue est suffisante pour entretenir chaque famille du linge qui lui est nécessaire. Presque tous les terrains sont plantés de pommiers et de poiriers aussi les cidres et les poirés sont-ils un élément de trafic et de prospérité pour le pays, grâce à l’établissement d’une gare de chemin de fer située au bord de la route nationale n° 562 et près du hameau le plus populeux de la commune. Les propriétés sont très morcelées et par conséquent les cultures peu étendues.
Descendons le cours de l’Orne et portons nos regards sur ce qui nous environne; à gauche se déroule le ravissant amphithéâtre des coteaux de Clécy : vers le sud, les bruyères, à l’ouest, le rocher de l’Eminence avec une hauteur de 262 m. Dans la vallée, de riches et belles prairies; au sud le bourg de Clécy.
En face de St Rémy, dans des belles et riches prairies de la vallée, les Sires de Vassy possédaient un domaine auquel étaient attachés des droits féodaux sur une grande partie des terres des habitants de Clécy. Ce domaine est maintenant le Château de la Landelle…
…Le village de la Serverie est situé au pied de rochers abrupts, hérissés de pics menaçants, bordés d’abîmes et chargés de mousse, de bruyères, de ronces, de joncs marins ou de moissons brûlées qui ne font qu’ajouter à sa sauvagerie. Plusieurs d’entre eux représentent des colonnes élevées de plus de 100 m au dessus de la rivière, ce sont des blocs de pierre superposés; on dirait prêts à se précipiter sur le spectateur qui les contemple. La compagnie du chemin de fer, pour prévenir les accidents a cru devoir en renverser quelques-uns et c’étaient les plus beaux. Là se trouve encore le rocher connu sous le nom de Pain de Sucre ou Roche aux Corbeaux, parce que chaque année, un ou deux couples venaient bâtir leurs nids toujours dans le même creux, et ils repartaient vers la fin de septembre. On les trouvait beaucoup plus gros que les autres, ils avaient un roucoulement semblable à celui du pigeon ramier et quand on pouvait les prendre tout petits, on les faisait aisément répéter les mots qu’on leur apprenait. Ils paraissent avoir quitté la contrée depuis vingt ans.
En côtoyant toujours le cours de l’Orne, on passe non loin du plateau sur lequel s’élève une église du XIIème siècle auprès de laquelle est planté un if, le plus beau de la contrée. Cette église n’a de remarquable que cette date…
En continuant sa course, on passe non loin du pont de la Landelle et d’une magnifique filature à coton et on arrive au village de la Bourriennière où est établie la station du chemin de fer. On a retrouvé dans cet endroit des débris de constructions romaines.
De ce point on aperçoit à une distance d’environ 600 m, deux monticules appelés, l’un Mont des Vêpres, l’autre Beaumont, séparés par une gorge étroite. Dans ce dernier s’ouvrent des cavernes profondes dont on ne paraît pas connaître les extrémités. Elles ont un nom propre à faire naître l’émotion : Fosses d’Enfer. Leur étendue précise n’a pas encore été déterminée. Y pénétrer sans guide serait imprudent. C’est tout un dédale aux mille circuits. Que ne dit-on pas. On n’aurait jamais vu reparaître des curieux qui s’étaient engagés seuls dans ce labyrinthe, de faux monnayeurs y auraient exercé leur industrie illicite; des canards portant au cou des rubans et lancés dans quelques unes de ces excavations ont été retrouvés le lendemain dans l’Orne au Pont de Vaucelles.
Ces deux monticules ne vont pas manquer de donner naissance à une nouvelle industrie; déjà une vingtaine d’ouvriers travaillent depuis un an à faire des recherches de minerai de fer; les résultats obtenus dépasseront toutes les espérances sous le rapport de la quantité. Il y a des couches d’une épaisseur énorme, ramifiées par de nombreux filons séparés par un schiste ardoisier ou par des bancs de grès très durs propre à la construction. Presque tout le minerai est composé d’hématite et d’olégiste donnant de 40 à 50% de fer et il est à remarquer que toutes les couches vont du nord-est au sud-est en suivantune pente d’environ 45°. Nul doute que la concession accordée à Mr Henri de Croisilles ne donne une très grande extension à l’extraction du minerai et naissance à la construction de hauts fourneaux…
Déjà dans un temps reculé, il y avait eu des forges à bras sur la commune de la Mousse réunie par Ordonnance Royale du 27 septembre 1827 à celle de St Rémy. Les excavations profondes qui se trouvent dans les deux monticules nommés plus haut et les scories que l’on rencontre en grande quantité sur le territoire de la Mousse prouvent certainement que de grosses forges y ont existé. Plus tard, elles ont été établies à Danvou probablement lorsque les bois nécessaires à leur alimentation furent épuisés dans la commune de St Rémy et les environs; c’est alors que l’on y transporta à dos de cheval le minerai provenant des carrières de St Rémy. Ce qui est certain, c’est qu’en 1650 le minerai de fer était déjà exploité, car on voit dans les archives de la commune qu’un Sieur Jacques de Croisilles, Sieur des Minières, fit don à Louise de Tournebu, femme de Robert de Croisilles d’une pièce de terre le Court-Champ, où existaient des Minières; il est donc incontestable que l’extraction et la fonte du minerai remonte à une époque fort reculée. Il existe encore sur le ruisseau de la Planche au Bout une pièce de terre nommé la Fonderie où il y avait un établissement destiné à fondre le fer. De nombreux vestiges ont été retrouvés et à quelques centaines de mètres en amont, on voit encore des bourrelets de terrain qui servaient à faire une retenue d’eau nécessaire à la marche de cet établissement.

Monographie communale rédigée par un instituteur de St Rémy à la fin du XIXème siècle.

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